Centre La Loba | L’art au service de la tradition et de l’expression de soi
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L’art au service de la tradition et de l’expression de soi

L’art au service de la tradition et de l’expression de soi

 

« When you dance, your purpose is not to get to a certain place on the floor. It is to enjoy each step along the way» Wayne Dyer

 

« Quand tu danse, ton objectif n’est pas de se rendre à une certaine place sur le plancher. C’est de profiter de chaque moment tout le long du chemin »

 

Spectacle de danse au centre-ville

 

L’expression de la tradition transparait beaucoup dans l’art d’ici. Les rues sont remplies d’artisans, d’awayo (couverture ou nappe très colorées), de chompa (chandail à capuchon qu’ils disent ne pas porter, mais que les touristes gringos achètent), de sacs, bourses, porte-monnaie, etc. Ceux-ci sont tous faits avec des motifs traditionnels et il est possible de remarquer beaucoup de tissage dans l’artisanat, beaucoup de couleurs ainsi que de la laine d’alpaga. C’est magnifique et il y a beaucoup de travail derrière cet art! Par ailleurs, une des activités prévues pour l’année est justement de répertorier les symboles d’artisanat traditionnel avec les mères de mon quartier, dans le cadre de la transmission et du partage interculturel. À ce jour, je n’ai trouvé qu’un seul artiste contemporain qui se démarque de la tradition ici et son nom est Mamani Mamani. Son art est très coloré, tout comme l’artisanat traditionnel et son style se rapproche de l’expressionisme allemand. Près de sa galerie d’art à La Paz, il y a le centre Mamani Mamani. C’est un centre qui vise le développement artistique et culturel des enfants, adolescents et adultes, avec un volet Les bienfaits de l’art sur l’individu. Ça m’a beaucoup fait penser à La Loba! Il n’y a rien qui arrive pour rien; si je me suis retrouvé dans ce centre, c’est que j’avais à découvrir ça!

 

 

Ici, tout le monde danse. Les gens dansent à leur façon, avec leur couleur et leurs compétences; les jeunes, les vieux, les hommes et les femmes. La tradition de noël est de danser le Chuntunki. Celle-ci se danse à deux ou à plusieurs. Les gens font le pas de base, qui est un petit jeu de pieds et se tiennent par la main, font des crochets, on passe sous les bras du couple d’en avant, on avance, on recule, on tourne en se tenant les mains, etc. Cela ressemble beaucoup aux danses traditionnelles québécoises, qui avec le temps… ne se dansent plus (ronde, set carré, gigue, promenades, les danses avec des «calleux»). Ça ressemble aussi beaucoup aux jeux de pieds sur la terre que nous retrouvons dans les danses autochtones. Encore une fois, en écrivant, je me rends compte de mon cœur autochtone et de mon éducation québécoise.

 

Mon frère a un problème de déficience intellectuelle. Il a donc des problèmes d’équilibre et de coordination et il marche toujours très tranquillement. Cependant, lorsqu’il danse, il tient le rythme et ses problèmes d’équilibre et de coordination disparaissent. C’est curieux de voir les effets de la danse sur un individu ayant des problèmes de santé mentale. Les connections neuronales se font différemment dans le cerveau lorsque la personne touche à l’art. Et là-dessus au Québec, plusieurs recherches ont été faites, entre autre sur des personnes atteintes de Parkinson et qui dansaient. Il a été remarqué que lorsque ces personnes dansaient, leurs mouvements involontaires de tremblements devenaient des mouvements volontaires de danse. Il y avait donc un plus grand contrôle sur soi, ce qui contribuait à la diminution des tremblements et des mouvements involontaires, donc de l’amélioration dans l’exécution des tâches quotidiennes. Ce même phénomène a pu être observé avec mon frère bolivien!

 

 

L’expression de la tradition est très importante. Cependant, quand on se rapproche du centre-ville, il est possible de voir une touche de contemporain dans l’expression de la tradition, dans la danse et dans l’expression de l’art. La première photo en début d’article en est un exemple. La culture dans les centres-villes est différente de la culture en-dehors du centre. Lorsque je m’y rends, les gens sont plutôt habillés comme nous et on peut entendre Adèle et Coldplay dans les cafés – oui, il y a des cafés, chose qu’il n’y a pas dans mon quartier – et l’internet fonctionne bien! C’est d’ailleurs de cet endroit que j’envoie mes blogs au Québec! Dans les quartiers environnant ou quand on sort des grands centres d’achats, il n’y a que de la musique traditionnelle bolivienne et les femmes sont majoritairement habillées en habit traditionnel.

 

 

De ce que j’ai pu voir jusqu’à maintenant, un des côtés positifs de faire perdurer la tradition dans la danse est que la culture reste vivante et visible. La tradition rassemble les gens et amène l’art pour tous. Tout le monde danse et personne ne se soucie de qui danse mieux la tradition que d’autres. C’est magnifique! Chacun le fait avec sa couleur. À l’école, il est obligatoire d’apprendre la danse traditionnelle et bien sûr, j’ai pu y participer à la fête de noël. Cela a augmenté mon sentiment d’appartenance à la famille et m’a permis de créer des liens avec d’autres membres de la famille élargie. Parfois au Québec je trouve que, dans certains domaines ou institutions, l’art est réservé à l’élite, à ceux qui l’ont étudié, à ceux qui performent. C’est peut-être une des conséquences de la disparition de l’expression de la tradition. Il s’agit là d’une hypothèse, une réflexion.

 

La transmission de la tradition

Entre mes grands-parents et ma génération, il y a clairement quelque chose qui s’est passé pour que l’expression des cultures québécoise et autochtone ne se transmettent plus. L’histoire de notre peuple nous donne plusieurs réponses à ce sujet. Ici, la culture est encore bien vivante et se pratique quotidiennement. Il est intéressant de voir pourquoi l’expression de l’art a changé chez nous, mais il est aussi important pour apporter des solutions pour notre mieux-être individuel et collectif. Pour moi, l’enseignement de la tradition nous donne des racines, nous enseigne d’où on vient. L’expression de soi nous donne des ailes, nous fait prendre parole sur notre culture. Si nous assimilons et comprenons bien l’essence de nos traditions, de notre culture, nous serons capable de créer avec celles-ci. L’expression de la tradition sert à l’enseignement des racines et on le voit bien ici. Au moment où nous connaissons nos racines, il nous appartient alors de faire grandir l’arbre. Et c’est cette essence qui va ressortir dans nos créations d’aujourd’hui. Nous ne pouvons pas exprimer la tradition comme nous le faisions dans les années 50, mais nous pouvons l’adapter à notre mode de vie d’aujourd’hui; c’est ce que les gens font ici. C’est cette évolution avec les racines qui fait perdurer la culture, les traditions, la force d’un peuple. Nous ne pouvons pas uniquement vivre dans le passé; nous pouvons vivre dans le moment présent!

Dans mon chemin de vie, j’ai l’impression de faire l’inverse. Il y a eu beaucoup d’expression de soi au travers la danse gumboot et la danse expression. L’apprentissage de ces danses et la pratique hebdomadaire m’a ramené à mes racines. Les traditions autochtones, que je suis tranquillement en train de réveiller, sont un savoir qui était déjà à l’intérieur de moi. Je me suis également rendue compte que ce que j’aimais dans le gumboot, c’est le rythme de la terre et le rassemblement. Vous comprendrez que les gens qui sont dans une optique de compétition, de performance et d’exclusivité ne concordent pas du tout avec cette philosophie. Ce que j’aime de la danse expression est l’expression de ma couleur, cet espace de liberté qui m’appartient, mon âme qui parle et la grande connexion que je ressens avec les autres et tout ce qui m’entoure.

 

 

Au Wiñay (l’organisme où je travaille), la danse représente l’expression de la tradition. Chaque danse a son rituel et son propre costume. C’est différent des danses autochtones de chez nous où il y a habituellement un Régalia pour plusieurs danses. J’apprends les danses et leur histoire. Mon rôle au Wiñay est, entre autre, d’apporter une nouvelle danse – le gumboot – qui peut faire sens avec leur tradition et l’expression de soi par la danse expression. Les enfants et adolescents ont tellement de belles forces à transmettre par la danse. Je trouve que ces enfants rayonnent et j’ai envie de les accompagner à partager ces forces par la danse, qu’ils ne dansent pas seulement pour la tradition, mais pour eux. J’aime la fusion entre l’expression de la tradition et l’expression de soi. Cela donne des racines pour s’ancrer et des ailes pour s’envoler.

 

 

Réflexion sur l’art

Je termine sur une discussion que j’ai eue avec mon amie à La Paz sur l’expression de l’art. Il arrive parfois qu’en danse, en chant ou en arts visuels, nous sommes dans la représentation de l’art au lieu d’être dans l’art. En effet, nous oublions d’ÊTRE. Parfois, le paraître devient plus important que l’être. Lorsque nous créons un spectacle, nous sommes concentrés sur la construction de l’énergie projetée au détriment de la construction d’un artiste ou d’un danseur professionnel. Cette énergie est construite autant avec soi qu’avec le groupe et le public; c’est un échange. Cette énergie est générée par l’art – peu importe le médium – et son essence. Pour ceux qui ont vu des spectacles des Chemins de Pieds ou qui m’ont vu danser en danse expression, c’est cette même énergie qui est travaillée.

On développe l’humanité. J’aime me dire que l’être humain est imparfait et c’est cette liberté d’être humain, avec ses forces, ses imperfections, son authenticité et sa vulnérabilité que j’ai envie de présenter dans l’art. Il n’est pas facile de se présenter devant public avec toutes ses forces et imperfections, avec sa vulnérabilité, mais c’est de là que provient toute la force de l’individu. Apprécier l’art, un spectacle, c’est une expérience humaine, un échange autant pour les artistes que pour le public. Chacun vit son expérience à différents niveaux. S’il n’y a pas d’expérience ou d’échange vécue, aussi bien regarder la télévision! Il faut revenir à cet état où, enfant, nous n’avions pas peur de nous exprimer pleinement. Pour moi, mon art se vit à ce niveau et c’est ce que je développe ici. C’est ma manière d’apporter ma contribution dans le monde, par les arts et ma manière d’apporter ma contribution en art par le monde.

 

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